|
Né à Amsterdam aux Pays-Bas, le percussionniste Frank
Epstein immigra aux États-Unis en 1952 et vécut à Hollywood
en Californie. Diplômé de la « University
of Southern California », du « New England
Conservatory », et du « Tanglewood Music Center »,
M. Epstein est membre de l’Orchestre Symphonique de Boston
depuis 1968. Il est professeur au Tanglewood Music Center ainsi qu’au
New England Conservatory où il dirige le « NEC
Percussion Ensemble » qu’il a lui-même fondé et
où il agit également comme Directeur du Département
des cuivres et de la percussion.
M.
Epstein a participé à des enregistrements de disques
avec l’Orchestre Philharmonique de Los Angeles, l’Orchestre
Symphonique de Boston, et l’Orchestre des Boston Pops,
de même qu’avec l’ensemble « Collage
New Music » qu’il a fondé en 1972 et
dont il fut directeur musical pendant vingt ans. En tant que
directeur de « Collage », il a commandé et
présenté plus de 200 œuvres nouvelles composées
spécifiquement pour cet ensemble, et produit dix-sept
enregistrements sur disque. Frank Epstein agit également
auprès de la compagnie de cymbales Avedis Zildjian Company à titre
de consultant en développement de nouveaux produits, dont
la récente série de cymbales « Classical
Orchestral Cymbal Selection », ainsi qu’à titre
de conférencier offrant des ateliers et séminaires
partout aux États-Unis et ailleurs.
M. Epstein détient un Baccalauréat
en musique de la University of Southern California et une Maîtrise
en musique du New England Conservatory. Figurent parmi ses professeurs
Robert Sonner, Earl Hatch, Murray Spivack, William Kraft et Everett
Firth. Avant de joindre les rangs de l’Orchestre Symphonique
de Boston, il fut membre de l’Orchestre de San Antonio. Frank
Epstein s’est vu récemment décerner
le « Presidential Commendation » du New
England Conservatory pour l’ensemble de son travail avec
l’ensemble Collage New Music.
Les propos qui suivent ont été recueillis le
19 janvier 2004 par Robert Leroux
RL : Où, quand et comment as-tu commencé la
musique et la percussion?
FE : Je suis né en Hollande et j’ai
commencé le piano alors que j’étais enfant. Quand
je suis arrivé aux États-Unis, j’ai continué d’étudier
le piano, mais, comme beaucoup d’autres, j’ai aussi commencé à vouloir
jouer dans l’orchestre de mon école. Dans cette école,
nous étions environ sept pianistes qui voulions jouer à l’orchestre,
alors qu’il n’y avait aucun percussionniste. Le professeur
avait alors décidé que quatre d’entre nous joueraient
de la percussion, et que les trois autres resteraient au piano. C’est
comme ça que je suis devenu percussionniste, à l’école
secondaire, en Californie.
J’ai pris goût à jouer de la percussion, et en
10e année, j’ai eu l’opportunité d’aller à un
camp musical. Un de mes professeurs, Robert Sonner, aimait ce que
je faisais et a continué de m’enseigner pendant plusieurs
années. Originaire de Chicago, Robert Sonner enseignait à la University
of Southern California. Il demeure toujours un bon collègue
et un ami après 40 ans. Il est aussi l’éditeur
du livre que je suis en train d’écrire sur le jeu des
cymbales à l’orchestre.
Après le départ de Robert Sonner de l’USC, je
me suis retrouvé avec Bill Kraft et ce fut aussi une relation
très enrichissante. Durant mes années passées à USC,
j’ai également travaillé avec plusieurs autres
tels que Charles White, timbalier à la Philharmonique de Los
Angeles, Earl Hatch, percussionniste spécialiste bien connu
aux claviers, et John DeSoto. J’ai aussi étudié la
batterie. J’étais vraiment très occupé!
Alors que je terminais à USC, quelqu’un a contacté Bill
Kraft pour l’informer qu’on cherchait un percussionniste à l’Orchestre
de San Antonio, au Texas. Il m’a alors suggéré d’aller
là-bas. À cette époque, j’étais
surnuméraire à la Philharmonique de Los Angeles, un
travail plutôt excitant pour un jeune homme de 18 ans. Je suis
donc allé à San Antonio pour y passer deux ans, après
quoi j’ai décidé de retourner à l’école.
J’avais fréquenté Tanglewood et avais développé un
intérêt pour Vic Firth et son approche particulière
des timbales. Je suis donc venu à Boston pour travailler avec
lui au New England Conservatory. Après une première
année, un poste s’est libéré à l’Orchestre
Symphonique de Boston. Tommy Thompson, qui y jouait les cymbales, était
décédé tragiquement dans un accident de la route.
J’ai gagné l’audition et commencé à jouer à l’orchestre
alors que je continuais mes études pour obtenir mon diplôme
l’année suivante.
L’audition s’était tenue en mai. Or l’orchestre jouait à Tanglewood en juillet
et août. La première
pièce au programme cet été-là était
le « Concerto pour Percussion et Orchestre » de
Bill Kraft. Bien que ce concerto ait été écrit à l’origine
pour 4 percussionnistes, Bill avait ajouté une partie additionnelle,
compte tenu du fait que la section de percussion de l’orchestre
compte 5 percussionnistes, et j’ai donc pu jouer dans cette
pièce. Je suis d’ailleurs demeuré à l’orchestre
depuis ce temps.
RL : On te connaît comme spécialiste
des cymbales à l’Orchestre de Boston. Comment as-tu été amené à te
spécialiser sur cet instrument?
FE : À la Philharmonique de Los Angeles, à l’époque
où j’y étais comme surnuméraire, il n’y
avait curieusement personne pour jouer les cymbales. La section était
petite à l’époque, si petite en fait que lorsque
qu’il fallait un percussionniste de plus, un altiste de l’orchestre
laissait son instrument et venait jouer les cymbales. Puis, il est
arrivé que quand j’y suis venu comme surnuméraire,
on m’a confié les parties de cymbales. La seule véritable
formation que j’avais reçue se limitait à quelques
leçons avec Bill Kraft. Plus tard, quand je suis venu étudier à Tanglewood,
j’ai eu aussi des leçons avec mon prédécesseur à Boston,
Tommy Thomson, un grand joueur de cymbales et une personnalité unique.
Ce que j’ai le plus appris dans ce que je fais et dans ce
que je pense me vient des enregistrements sur disque et de l’écoute
critique des retransmissions radio de mes propres prestations à l’orchestre.
J’ai particulièrement écouté et réécouté les
enregistrements de musique française de Charles Munch avec
l’Orchestre de Boston. Bien sûr, j’avais aussi
accès à toutes les cymbales de Thomson, ce qui m’a
permis d’acquérir une connaissance intime de ces instruments,
tout en écoutant ses enregistrements avec attention. J’avais à ma
disposition une collection de cymbales magnifique. C’est grâce à cela
que j’ai acquis mon sens de la sonorité et la base des
idées que j’ai développées par la suite.
RL : On peut donc dire que tu as développé ta
technique aux cymbales de manière autodidacte?
FE : Oui et non. Par exemple, alors que beaucoup
frappent les cymbales dans un mouvement vers le haut, ce que je faisais
quand j’étais plus jeune, il est venu un moment où j’ai
eu l’idée des les frapper vers le bas. Je ne me souviens
plus comment ça m’est venu, peut-être de Bill
Kraft, mais d’une manière ou d’une autre, j’ai
commencé à les frapper vers le bas, ce qui m’a
amené à développer d’autres concepts et
d’autres techniques pour jouer le répertoire.
En fait, il y a des raisons évidentes de jouer les cymbales
vers le bas plutôt que vers le haut. Quand on joue vers le
haut, on bloque notre vue de la feuille de musique, du chef d’orchestre
et des moments où le contact visuel doit se faire. Par ailleurs,
quand on joue vers le bas, la force de gravité travaille pour
nous. Il me semble que ça amène un mouvement plus naturel.
Honnêtement, la différence est peut-être minime,
mais la frappe vers le bas me semble plus étroitement liée à la
musique : les coupures sont dirigées vers le bas et les
phrases musicales se terminent souvent en descendant.
RL : Quiconque t’écoute jouer
remarque tes magnifiques pianissimo. Tu as souvent dit qu’alors
que la plupart des percussionnistes prennent des cymbales plus petites
pour jouer piano, tu obtiens une sonorité mieux contrôlée
quand tu utilises les mêmes cymbales pour les forte et les
piano. Quelle relation établis-tu entre l’effet que
tu cherches à obtenir et le type de cymbales que tu utilises?
FE : C’est très simple. Tout
pour moi est relié à la hauteur du son : l’aigu,
la basse et le registre médian. Tout ce que je fais est relié à la
hauteur et au son de l’orchestre à chaque moment dans
la musique. Symphony Hall (la salle de l’Orchestre
de Boston) qui est une salle très brillante, mais également
très chaude et magnifique acoustiquement, m’aide beaucoup
dans le jeu des nuances plus douces. Je suis conscient de jouer dans
un contexte de sonorité générale assez sombre.
Je sentirais donc que je jouerais dans la « mauvaise tonalité » si
j’utilisais de petites cymbales aiguës pour jouer un passage
doux, comme le 2e Concerto pour Piano de Rachmaninov. Avec les cymbales
de 20 pouces (50 cm) que nous avons maintenant, le pianissimo
est plus riche, plus chaud et présente un meilleur spectre
harmonique, que se mélange bien à la sonorité du
piano.
RL : Quelles influences les plus significatives
sur ton évolution musicale ont eu les professeurs et chefs
d’orchestre avec lesquels tu as travaillé?
FE : Mon approche analytique provient de Bill
Kraft. Il était compositeur en plus d’être percussionniste,
et quand j’étudiais le répertoire d’orchestre
aux timbales avec lui, tout était relié à la
partition. Toutes ses idées venaient de sa connaissance de
la partition. En fait, Bill était aussi à l’aise
comme compositeur que comme interprète et. comme on sait,
il a écrit plusieurs des œuvres classiques du répertoire
pour ensemble de percussion.
Quand je suis venu à Boston, j’ai étudié avec
Vic Firth pour sa puissance rythmique et sa personnalité.
On ne pouvait s’empêcher de le suivre dans sa façon
de jouer extrêmement précise. J’ai ainsi appris à jouer
les cymbales rythmiquement. Pour beaucoup, les cymbales sont d’abord
des instruments qui ajoutent de la couleur, mais selon moi, elles
doivent être aussi des instruments rythmiques. Il y a beaucoup
d'oeuvres du répertoire où l’on doit jouer avec la section de cuivres,
surtout chez des compositeurs comme Tchaïkovski où la
musique est souvent très rythmiquement ponctuée. Je
dois dire que Vic Firth menait véritablement l’orchestre
sur le plan rythmique, et on ne pouvait être « mou » dans
sa section.
RL : Et les chefs d’orchestre?
FE : La plupart des chefs d’orchestre
ont peu à dire sur la percussion. Pour plusieurs, du moins
au cours de mes premières années, moins il y avait
de percussion, mieux ça allait. Mais avec Seiji Ozawa, avec
lequel j’ai joué pendant 28 ans, l’approche était
simple : si on jouait au bon moment, il était heureux.
On pouvait jouer fort ou doux, je pouvais faire pratiquement ce que
je voulais, en particulier toutes les frappes et techniques un peu
spéciales que j’ai développées au cours
des années. Par contre, votre ex-chef d’orchestre, Charles
Dutoit, avait des idées très spécifiques. Je
me souviens que je trouvais ses suggestions un peu bizarres au début,
quoiqu’avec le temps j’ai fini par les apprécier.
Pierre Boulez formulait des demandes très spécifiques
pour les cymbales, de même que Raphaël Kubelik.

RL : Tu es surtout connu comme spécialiste
des cymbales à l’orchestre, mais un autre volet important
de ta carrière a été consacré à la
création de musique nouvelle avec la fondation du groupe Collage
New Music. Comment en es-tu venu à cela?
FE : Très simple. D'abord, j’aime
la musique. J’adore la musique orchestrale. J’ai toujours
aimé et ai toujours voulu jouer dans un orchestre. Par contre,
quand je suis venu à Tanglewood comme étudiant au début
des années 60, je me suis beaucoup impliqué en musique
de chambre, et spécifiquement la musique de chambre du XXe
siècle. J’aimais ce type de jeu plus exposé,
sous la conduite de Gunther Schuller. Je me suis trouvé totalement
immergé dans cette expérience, avec l’idée
qu’on ne devait pas nécessairement être à l’arrière
de l’orchestre pour faire de la musique. On pouvait vivre une
expérience de relation plus intime en jouant cette musique
de chambre du XXe siècle.
À l’époque, je partageais mon logement avec
un compositeur. J’ai donc été témoin du
mode vie du compositeur, de la folie de cette profession et de l’anxiété qui
l’accompagne, du besoin de créer et de faire jouer et
entendre son travail. J’ai été très proche
de ce type d’activité. Quand je me suis joint à l’Orchestre
de Boston , l’une des premières choses que j’ai
faites fut de former un ensemble de percussion professionnel. Ceci
m’a aidé à demeurer en contact avec la musique
contemporaine.
Durant ma première année d’enseignement au New
England Conservatory, j’ai monté un concert de professeurs
consacré exclusivement à la musique du 20 e siècle,
et ce fut épatant! Plusieurs étaient très enthousiastes à propos
de ce projet, et nous avons donc décidé de continuer à offrir
ce type de concert. J’ai fini par devoir organiser le groupe,
faire la promotion et signer les premiers engagements. Graduellement,
l’initiative de départ s’est transformée
en groupe permanent. Durant nos premières années, nous
faisions nos concerts à la Contemporary Gallery du Boston
Fine Art Museum, et c’était merveilleux. Nous nous
arrangions pour monter des programmes en rapport avec les oeuvres
d’art présentées par la galerie. Plus tard, cette
galerie a dû fermer ses portes, et nous avons présenté nos
concerts dans différentes salles de la ville. Aujourd’hui,
je suis président du conseil de Collage New Music et,
bien sûr, toujours l’un de ses musiciens.
RL : Quel type de répertoire est
présenté par l’ensemble?
FE : Nous faisons beaucoup de commandes,
ce qui constitue l’une de nos premières raisons d’être.
Nous jouons des compositeurs de Boston et de Nouvelle-Angleterre,
et aussi évidemment des américains, des européens
ainsi que des compositeurs asiatiques. Nous avons fait toutes sortes
d’événements : des opéras, des oeuvres
mises en scène, de la musique électronique, tout! Pendant
20 ans, nous répétions dans le sous-sol de ma maison. À l’époque,
nous travaillions exclusivement avec des chefs invités. Je
me souviens, quand Seiji Ozawa dirigea un concert avec nous, il venait
aux répétitions avec son manteau de ski orange, car
il faisait assez froid là-dedans…
J’ai agi à la fois comme gérant et directeur
musical, je faisais toute la programmation, l’engagement de
musiciens, etc. J’ai vraiment dû développer de
nouvelle compétences. Puis, après 25 années
d’existence, nous avons décidé de nous doter
d’un directeur musical permanent. Nous avons donc engagé David
Hoose, un chef d’orchestre brillant qui est avec nous depuis
11 ans. Sa présence a réduit quelque peu mon apport,
et aussi le stress et le sentiment d’être responsable
de tout. Collage a donc été mon bébé.
Mon plus grand souhait maintenant est de m’assurer que l’organisation
continue lorsque je la quitterai.
RL : Parlons maintenant de ta carrière
d’enseignant et de ton point de vue sur la façon dont
les percussionnistes d’aujourd’hui devraient être
formés.
FE : Il faut d’abord préciser
que ma carrière d’enseignement est étroitement
liée au New England Conservatory, où j’ai
d’abord étudié, pour y enseigner plus tard après
avoir joint les rangs de l’Orchestre de Boston. Mon point de
vue sur l’enseignement est relié à la mission
de conservatoire qui est principalement de former des musiciens d’orchestre.
Les niveaux techniques ont considérablement augmenté à travers
les années. Ceci a été initialement dû au travail de timbaliers importants de l’époque, tels
que Saul Goodman (Philharmonique de New York), Vic Firth (Orchestre
Symphonique de Boston), Fred Hinger (Orchestre de Philadelphie et
ensuite Metropolitan Opera Orchestra), et Cloyd Duff (Orchestre de
Cleveland), pour ne nommer que ceux-là aux États-Unis.
Aujourd’hui, nous vivons une renaissance de la pratique du
marimba et des instruments à clavier, en particulier grâce à la
contribution de nombreux marimbistes très novateurs. Avec
le niveau élevé des nouveaux étudiants, grâce
notamment au nouveau répertoire et aux nouvelles approches
pédagogiques des spécialistes des claviers, les possibilités
et défis musicaux ont également augmenté. Je
dirais cependant que le sens musical des étudiants ne s’est
pas développé autant que leur aisance technique. Je
perçois aussi une légère perte d’attraction
pour les timbales chez les jeunes musiciens des dernières
années. Ceci est peut-être lié au fait que la
vie professionnelle dans un orchestre est devenue de plus en plus
mouvementée ces dernières années, laissant aux
musiciens peu de temps et d’énergie à consacrer à l’enseignement
et au suivi des étudiants. Peut-être s’agit-il
d’une situation temporaire. L’étude des timbales
est plus complexe, et l’apprentissage du répertoire
prend beaucoup de temps. On prend donc le temps de travailler les
extraits les plus importants du répertoire, mais ça
ne va pas vraiment plus loin. Cette situation me déplaît
et j’espère donc pouvoir mettre l’emphase sur
une meilleure pédagogie des timbales.
Cependant, si on regarde l’horaire à l’Orchestre
de Boston aujourd’hui comparativement à ce qu’il était
il y a 30 ans, on constate qu’il y a trois fois plus de travail.
Je me souviens quand j’étais étudiant, qu’une
leçon pouvait facilement durer 2, 3 ou 4 heures. Je sais que
je ne suis pas en mesure de faire ça aujourd’hui.
RL : Que penser de ce phénomène
de spécialisation qui semble survenir tôt chez les jeunes
percussionnistes, contrairement à la formation de musiciens « généralistes »?
FE : Comme je l’ai mentionné précédemment,
ici au Conservatoire, nous nous sommes exclusivement engagés
dans la formation de musiciens d’orchestre, ce qui me semble
avoir été une approche sensée. Cette mission
a certainement contribué à attirer de magnifiques musiciens
comme professeurs. Je pense que nous avons donc fort à faire
dans la formation de ces étudiants qui veulent jouer dans
des orchestres.
L’avenir de la vie orchestrale est difficile à prévoir,
surtout aujourd’hui alors que dans plusieurs milieux, cet avenir
semble étroitement lié à la situation économique.
Il est vrai que les étudiants doivent maintenant lutter pour
obtenir un premier emploi. Avec l’emphase que met cette école
sur l’orchestre, je m’efforce d’aller au-delà de
la seule préparation aux auditions, et j’essaie de donner
aux étudiants un sens de la musique plus large. De manière
générale, j’essaie de faire valoir la musique
comme composante de notre culture et de notre vie personnelle. J’espère
ainsi mieux préparer les étudiants pour toute leur
vie professionnelle, et pas uniquement pour les auditions.

RL : Peux-tu nous parler de ce livre sur
les cymbales que tu es en train de terminer?
FE : Il existe déjà plusieurs
bons livres et manuels. Celui-ci sera différent cependant.
Basé sur une centaine d’exemples du répertoire,
chaque extrait met en lumière une technique particulière
que je veux faire connaître. L’idée au fond est
d’instaurer une conception du jeu des cymbales. Chacun joue
les cymbales différemment. Il n’y a pas d’école
de cymbales, et on peut obtenir une bonne sonorité de plusieurs
manières. Malheureusement, il est encore plus facile de produire
une mauvaise sonorité. J’espère seulement créer
une base sur laquelle les gens pourront s’appuyer, non seulement
pour apprendre à jouer l’instrument, mais aussi pour
connaître les sonorités et les techniques à utiliser
dans différents types de répertoire et surtout, pour
inculquer aux percussionnistes un sens de la créativité et
de l’aventure. Mon souhait est que les gens s’intéressent
aux cymbales autant que je le suis.
Quand je fais mes cours de maître, les gens aiment bien apprendre
les techniques que j’utilise. L’une de mes plus grandes
sources de satisfaction est de constater que les étudiants
avec lesquels j’ai travaillé utilisent mes techniques
et mettent en application ce dont il a été question
en classe. On peut facilement savoir si quelqu’un sait jouer
les cymbales ou non. On peut dire si quelqu’un est à l’aise
avec ces instruments, même avant qu’il ait produit un
seul son. Toute l’idée du livre est donc de démontrer
qu’il y a une technique, qu’il y a un concept de jeu
sur lequel on peut s’appuyer pour avancer.
RL : En conclusion, peux-tu nous parler
de ton travail avec Zildjian?
FE : Je considère que mon travail
avec la compagnie Zildjian est vraiment important. Le problème
chez Zildjian dans le passé était qu’ils ne fabriquaient
pas vraiment de cymbales pour les musiciens d’orchestre symphonique.
Ils fabriquaient des cymbales pour les musiciens de jazz et les batteurs
au sens large. Les percussionnistes se donnaient beaucoup de mal
pour trouver une cymbale à utiliser dans un contexte symphonique.
Quand je les ai approchés il y a une dizaine d’années,
ils démontré un réel intérêt à répondre
aux besoins des percussionnistes d’orchestre et nous avons
ensemble développé la « American Line ».
Cette série était intéressante parce qu’elle
offrait des cymbales gauches et des cymbales droites. On pouvait
choisir des cymbales fabriquées spécifiquement pour
la droite et pour la gauche et ainsi se constituer une paire d’instruments
bien assortie.
L’idée était bonne, mais en pratique les choses
ne fonctionnent pas de cette façon. Je pouvais moi-même
entrer chez Zildjian pour choisir des instruments et finir par me
constituer une paire avec deux cymbales « droite ».
Pour cette raison entre autres, Zildjian a cessé de produire
cette série. Plus tard, nous avons repris nos discussions
sur les cymbales d’orchestre et avons décidé de
concentrer nos efforts sur la fabrication d’un produit de classe
vraiment supérieure. Le résultat s’est maintenant
concrétisé dans ce que nous avons appelé la
série « Classic Orchestra ».
RL : Ta relation avec Zildjian est basée,
pour ta part, sur le fait que tu es un percussionniste d’expérience
et que tu as le son des cymbales à l’oreille. Inversement,
est-ce que le type de sonorité des instruments produits par
Zildjian a affecté ou transformé d’une manière
ou d’une autre ta façon de jouer à l’orchestre?
FE : Bonne question! Bien sûr, le
fait d’avoir le son dans mon oreille et de savoir comment je
veux que sonnent les cymbales est l’élément clé de
ma relation avec Zildjian et l’orchestre. Je pense que j’ai
travaillé à obtenir le son que j’entends et qui
fonctionne dans Symphony Hall. Malheureusement, je me suis
vite rendu compte que ce qui fonctionne dans cette salle ne fonctionne
pas automatiquement dans toutes les autres salles. Je me suis donc
mis à la recherche de cymbales un peu plus lourdes qui fonctionneraient
ailleurs. Je cherche une sonorité d’une belle couleur,
riche en harmoniques aiguës et basses perceptibles dans tous
les types de salles. Aujourd’hui, la sonorité que nous
obtenons des cymbales est acceptable d’une façon soutenue.
La facilité de manipulation est une autre préoccupation
que nous avons. Les cymbales doivent avoir une forme parfaite
et être faciles à jouer. Conceptuellement, j’ai
essayé de développer une cymbale qui n’est pas
faite que pour obtenir du volume ou du son de contact, mais dont
la sonorité demeure musicale en toute situation, avec une
bonne qualité de résonnance. Peut-être que derrière
ta question tu cherches à savoir ce que je pense des cymbales
des séries Constantinople ou Vintage de
production récente? J’ai utilisé les Constantinople à quelques
occasions, et les ai beaucoup appréciées. Je pense
que l’avenir du percussionniste des cymbales est très
bon.
RL : Frank Epstein, merci!
|