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C’est en assistant à une représentation
de la troupe Kodo, en 1989, que j’ai découvert
les percussions japonaises. Le moins qu’on puisse dire,
c’est que le groupe m’a fait une très
forte impression : depuis ce concert, leur musique et leur
sens artistique ont eu de profondes répercussions
sur ma vie et mon développement musical et ont allumé en
moi une fascination pour les percussions japonaises.
Pendant mes études universitaires, je me suis joint à l’ensemble
de taïko Arashi Daiko, formé d’amateurs
issus de la communauté japonaise de Montréal.
Grâce à Arashi Daiko, j’ai eu la possibilité de
participer à des stages avec d’autres groupes
de taïko nord-américains et avec deux membres
de la troupe Kodo, Yoshikazu et Yoko
Fujimoto. Ma rencontre
avec ces deux artistes et avec le compositeur et interprète
canadien de taïko Kiyoshi Nagata, qui est devenu un
ami, m’a amené à décider de
poursuivre ma formation au Japon.
Jusqu’à ce moment, j’avais été exposé à ce
qu’on entend habituellement par les mots taïko ou kumi-daïko et
les racines plus anciennes de ce style de percussion moderne
m’étaient encore étrangères.
Le « style taïko », tel que joué par
de nombreux groupes nord-américains et par les ensemble
japonais réputés tels que Kodo, Ondekoza,
ainsi que par des solistes tels que Eitetsu Hayashi,
est pour une bonne part un amalgame d’éléments
issus de la musique kagura propre à la
tradition shintoïste et d’influences modernes
alliant le jazz et la musique contemporaine, le tout fusionné avec
une présence scénique influencée tout
autant par le kabuki que par des styles populaires.
En 2000, j’ai participé au premier
stage
Taïko Koh-Kan présenté par
la troupe Kodo sur l’île de Sado, au Japon,
qui avait pour but d’aider chacun à développer
une approche personnelle au jeu de taïko.
Cet atelier m’a permis de faire des découvertes.
En effet, ce que je considérais pour l’essentiel
comme une forme traditionnelle, c’est-à-dire
la musique interprétée par Kodo est d’autres
ensembles, faisait véritablement partie d’une
réalité plus vaste et plus ancienne et il
y avait là une matière à explorer
en profondeur. La même année, j’ai eu
le bonheur de faire la connaissance, à Montréal,
du flûtiste Kohei Nishikawa et de
participer à un
projet qui mariait des éléments de la musique
traditionnelle japonaise et de la musique de chambre de
tradition euro-américaine. À Tokyo, Kohei
Nishikawa m’a présenté à Taichi
Ozaki (Kaho Tosha sur scène),
interprète
de grande renommée et professeur de percussions
japonaises de tradition classique. Depuis lors, j’ai
eu le plaisir d’aborder avec Kaho-sensei le nagauta (qui
occupe une place importante dans le kabuki), des éléments
du théâtre nô ainsi que les
styles du
kagura enraciné dans le milieu rural japonais.
Pour beaucoup de gens, les percussions
japonaises évoquent
l’image d’un homme en sueur à demi nu
frappant sur un tambour aussi gros qu’une fourgonnette,
deux énormes mailloches élevées au-dessus
de sa tête. Bien que révélatrice de
certains aspects du Japon, cette image saisissante est
loin de résumer tout ce qu’on peut y découvrir.
Dans une bonne mesure, surtout lorsqu’on le compare
aux cultures dominées par les traditions occidentales
et chrétiennes, le Japon est un pays de tambours
(quoique, aujourd’hui, le son du pachinko enterre
même celui des tambours). L’énorme variété de
cloches, de gongs, de tambours, d’instruments en
bois et de cymbales est stupéfiante. Si la musique
de nombreux festivals japonais est essentiellement une
musique d’extérieur, très énergique
et sonore, en revanche les sons propres au nô et
au kabuki se classent parmi les plus doux et les plus subtils.
De l’intensité la plus effrayante au chuchotement
le plus léger : la puissance d’expression
qui m’a tellement impressionné lors de ce
concert de 1989 demeure entière.
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