Les Percussions Japonaises

par Patrick Graham © 2003

 
 
 


Cet okedo-daïko vient de Hirosaki, préfecture d’Aomori, où la fabrication de membranes en peau de cheval est très répandue, quoique les tambours qu’on y joue, habituellement plus gros, portent le nom de neputa daïko. On fixe une courroie au tambour afin de pouvoir en frapper les deux extrémités; ce style de jeu, qui s’inspire largement du changgo coréen, a été popularisé par Kodo.
C’est en assistant à une représentation de la troupe Kodo, en 1989, que j’ai découvert les percussions japonaises. Le moins qu’on puisse dire, c’est que le groupe m’a fait une très forte impression : depuis ce concert, leur musique et leur sens artistique ont eu de profondes répercussions sur ma vie et mon développement musical et ont allumé en moi une fascination pour les percussions japonaises.

Pendant mes études universitaires, je me suis joint à l’ensemble de taïko Arashi Daiko, formé d’amateurs issus de la communauté japonaise de Montréal. Grâce à Arashi Daiko, j’ai eu la possibilité de participer à des stages avec d’autres groupes de taïko nord-américains et avec deux membres de la troupe Kodo, Yoshikazu et Yoko Fujimoto. Ma rencontre avec ces deux artistes et avec le compositeur et interprète canadien de taïko Kiyoshi Nagata, qui est devenu un ami, m’a amené à décider de poursuivre ma formation au Japon.

Jusqu’à ce moment, j’avais été exposé à ce qu’on entend habituellement par les mots taïko ou kumi-daïko et les racines plus anciennes de ce style de percussion moderne m’étaient encore étrangères. Le « style taïko », tel que joué par de nombreux groupes nord-américains et par les ensemble japonais réputés tels que Kodo, Ondekoza, ainsi que par des solistes tels que Eitetsu Hayashi, est pour une bonne part un amalgame d’éléments issus de la musique kagura propre à la tradition shintoïste et d’influences modernes alliant le jazz et la musique contemporaine, le tout fusionné avec une présence scénique influencée tout autant par le kabuki que par des styles populaires.

En 2000, j’ai participé au premier stage Taïko Koh-Kan présenté par la troupe Kodo sur l’île de Sado, au Japon, qui avait pour but d’aider chacun à développer une approche personnelle au jeu de taïko. Cet atelier m’a permis de faire des découvertes. En effet, ce que je considérais pour l’essentiel comme une forme traditionnelle, c’est-à-dire la musique interprétée par Kodo est d’autres ensembles, faisait véritablement partie d’une réalité plus vaste et plus ancienne et il y avait là une matière à explorer en profondeur. La même année, j’ai eu le bonheur de faire la connaissance, à Montréal, du flûtiste Kohei Nishikawa et de participer à un projet qui mariait des éléments de la musique traditionnelle japonaise et de la musique de chambre de tradition euro-américaine. À Tokyo, Kohei Nishikawa m’a présenté à Taichi Ozaki (Kaho Tosha sur scène), interprète de grande renommée et professeur de percussions japonaises de tradition classique. Depuis lors, j’ai eu le plaisir d’aborder avec Kaho-sensei le nagauta (qui occupe une place importante dans le kabuki), des éléments du théâtre ainsi que les styles du kagura enraciné dans le milieu rural japonais.

Pour beaucoup de gens, les percussions japonaises évoquent l’image d’un homme en sueur à demi nu frappant sur un tambour aussi gros qu’une fourgonnette, deux énormes mailloches élevées au-dessus de sa tête. Bien que révélatrice de certains aspects du Japon, cette image saisissante est loin de résumer tout ce qu’on peut y découvrir. Dans une bonne mesure, surtout lorsqu’on le compare aux cultures dominées par les traditions occidentales et chrétiennes, le Japon est un pays de tambours (quoique, aujourd’hui, le son du pachinko enterre même celui des tambours). L’énorme variété de cloches, de gongs, de tambours, d’instruments en bois et de cymbales est stupéfiante. Si la musique de nombreux festivals japonais est essentiellement une musique d’extérieur, très énergique et sonore, en revanche les sons propres au et au kabuki se classent parmi les plus doux et les plus subtils. De l’intensité la plus effrayante au chuchotement le plus léger : la puissance d’expression qui m’a tellement impressionné lors de ce concert de 1989 demeure entière.

 

Quelques termes :

Kabuki : forme de théâtre lyrique très stylisée, autrefois associée à la classe marchande.

Kagura : musique associée aux fêtes shintoïstes.

Kodo : troupe de spectacle et d’arts traditionnels basée au Japon.

Kumi-daïko : grand ensemble de tambours de formes et de tailles différentes; cet assemblage d'instruments est un phénomène né au XXe siècle, tout comme les représentations spectaculaires auxquelles il sert.

Nagauta : « chant long », dont on trouve des exemples dans de nombreuses pièces de kabuki.

: forme de théâtre traditionnel très ancienne autrefois associée à la classe des samouraïs.

Okedo-daïko : " tambour-tonneau " pourvu de deux peaux tendues par des cordes; on accorde le tambour en modifiant la tension des cordes.

Shime-daïko : " tambour sous tension ", dont les membranes sont tendues au moyen d'un laçage de cordes et qui se joue avec des baguettes; le shime-daïko est le plus gros des trois tambours de l'ensemble instrumental hayashi (ko-tsuzumi, o-tsuzumi,et taiko) qui accompagne le théâtre nô; dans ce contexte, il porte simplement le nom de taïko.

Taïko : terme qui signifie « tambour »; daïko a le même sens.



Le shimejishi daiko est un instrument hybride mis au point par Kodo et Otodaiku. Pourvu de membranes en peau de bœuf à une extrémité et en peau de cheval à l’autre, ce tambour est le produit d’une fusion entre le shime daïko et le type de tambour utilisé dans les festivals de la préfecture d’Iwate.
(Photo : Dominique Sicotte- 2002).

 

Quelques artistes

   
M. Takinojo Mochizuki, percussioniste et professeur dans le domaine de la musique classique japonaise. Il joue içi le tambour 'ko-tsuzumi', frappé uniquement avec la main en mettant de la pression sur les cordes pour changer le son de la peau. On le retrouve en particulier dans les musiques de théâtre 'nô' et 'kabuki'
   
   
L'Ensemble Kiyoshi Nagata en spectacle. Ce groupe, basé à Toronto, est représentatif du style 'kumi-daiko', qui regroupe une variété d'instruments pour des performances énergiques de la musique moderne. Kiyoshi Nagata, directeur de l'ensemble, a longuement étudié au Japon, et il compose les pièces originales jouées par le groupe.
 

 



photo : Patrick Graham 2001

Neputa Matsuri- Le festival d’été renommé de la ville de Hirosaki, préfecture d’Aomori, dans le nord de Japon. On retrouve des ensembles de flûtes, tambours, et cymbales qui accompagnent des danseurs et danseuses dans un défilé d’enormes lanternes.

Note: pour plus d'informations aller à l'adresse www.patrickgrahampercussion.com

 

 

 
 

 

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