Le
Ghaval (à ne pas confondre avec la musique qawwali) est un
tambour sur cadre utilisé dans la musique folklorique et classique
de l’Azerbaïdjan. Dans la musique folklorique azerbaïdjanaise,
le Ashigh (musicien-poète) chante en s’accompagnant
du gopuz (luth à long manche avec neuf cordes) et compose
parfois des poèmes en différentes occasions festives.
Le tambour qui accompagne habituellement le Ashigh est le ghaval.
Dans la musique azerbaïdjanaise classique, un ensemble traditionnel
comprend habituellement un chanteur, qui joue également
du ghaval, et deux instrumentistes, l’un jouant
du tar (luth à long
manche) et l’autre du kamancheh (instrument à cordes
joué avec archet). Dans la musique classique moderne, l’ensemble
musical peut comprendre plus que deux instrumentistes. Généralement,
le tambour qui accompagne l’ensemble classique moderne est
le naghar (un tambour cylindrique qu’on nomme également dhol en
Arménie).
L’équivalent persan du ghaval est le dayereh.
En Perse (Iran), bien qu’on en trouve différents types,
seul le daf est véritablement considéré comme
le tambour sur cadre national. Il est dommage que le ghaval n’ait
pas été intégré à la musique
classique persane au même titre que le daf, malgré les
efforts de certains joueurs de ghaval, dont le regretté Mahmoud
Farnam qui utilisa l’instrument en accompagnant certains
des maîtres de la musique persane comme Ostad Eghbal
Azar (chanteur virtuose) et Ostad Gholam Hossein
Bigchekhani (virtuose du tar).
L’histoire du dayereh remonte à plusieurs siècles.
Des gravures sur une coupe de bronze originaire du Lorestan exposée
au Musée National d’Iran nous montrent un ney double
(instrument à vent), un chang (harpe) et un dayereh dans
un lieu saint ou une procession, comme il fut également
observé en Égypte, en Elam et à Babylone où la
musique impliquait le recours à des grands ensembles.
Certains croient que le mot dayereh vient du nom dareh en pahlavi (langue persane pré-islamique). Le poète Abu
Saeed Abolkheir (967-1048) fait allusion au tambour dayereh dans ses écrits.
Le ghaval n’était pas considéré comme
un instrument soliste. Suite aux efforts de Ostad Latif Tahmasebi-zadeh,
l’instrument s’est vu donné un rôle plus
spécifique.
La cadre du ghaval est en bois, et la membrane qui le recouvre
est faite de peau de chèvre ou de poisson. Aujourd’hui
le ghaval moderne utilise une membrane de plastique, les peaux
naturelles étant trop sensibles aux changements d’humidité.
Des anneaux métalliques sont ajoutés au tambour pour
agir comme sonailles. Le ghaval est de dimension plus grande que
le tambour de basque occidental, mais plus petite que le daf.
Les rythmes de base au Ghaval
Il y a quatre rythmes de base dans la musique azerbaïdjanaise.
Diringi: le Diringi est un rythme léger pour la musique
de danse, bien qu’on le trouve aussi dans la musique vocale.
Selon les circonstances, il est joué lentement ou rapidement.
Le Dirinji peut être considéré comme identique
au Reng persan.
Mahni: le Mahni est une forme
rythmique pour la musique vocale. On peut entendre ici la version
la plus connue de ce rythme. Le
Mahni peut être considéré équivalent
au Tasnif persan.
Note : à des fins de démonstration, le rythme est
joué ici plus lentement que normalement.
Glossaire
Ashigh: (Pl. Ashighlar) Certains
pensent que le mot Ashigh vient
de l’arabe eshgh (amour). D’autres croient
que Ashigh vient plutôt de Ashk et Ashkanian.
Ces derniers font remonter l’origine du mot Ashigh à la
période des Ashkanian,
ou Arsacides en français, (royaume Parthe en Iran ancien,
247 av. J. C. à 224 apr. J. C.) et mentionnent que l’un
des centres urbains les plus importants de la période des
Arsacides était la ville d’Ashgabad (capitale de l’actuel
Turkménistan). Une tradition alors bien connue de l’art
des Ashighlar nommée de'ishma consistait en une sorte de
joute musicale. Selon cette tradition, les Ashigh-s participaient
occasionellement à ces joutes. Lorsque l’un d’eux
perdait, celui-ci devait donner son instrument (le saz ou le gopuz)
au gagnant et abandonner son emploi. L’enjeu de ces joutes
consistait à composer des poèmes en improvisant.
Gopuz: le gopuz est un luth à long
manche joué par
les Ashigh en Azerbaïdjan. On le nomme aussi saz,
bien que ce terme soit aussi utilisé comme nom générique
pour tout instrument de musique en Iran, en Turquie et en Inde.
Un instrument similaire au gopuz en Turquie se nomme le baglama.
Kamancheh: le kamancheh est un instrument à cordes frottées
et déposé sur le sol comme un violoncelle. On le
joue en Iran, en Azerbaïdjan, en Arménie, en Turquie,
en Égypte et en Asie centrale. Kaman signifie archet. Plusieurs
musicologues considèrent le kamancheh comme l’ancêtre
du violon.
Qawwali: Qawwali ou ghawwali ou kawali désigne le chant
pieux islamique. Ce chant, d’un style léger et vif
est apprécié par les Musulmans et les Hindous.
Tar: le tar est un luth à long
manche utilisé en
Iran. Sa version persane est aussi appelée tar-e-shiraz (tar de
Shiraz, l’une des villes les plus importantes de
la Perse, située dans le sud-ouest) et sa version azerbaïdjanaise
tar-e-ghafghaz (tar du Caucase). Tar signifie
littéralement
corde, accord, etc. Le mot tar apparait aussi dans d’autres
noms d’instruments comme ektar, dotar, setar, sitar,
khoshtar et guitar. A ne pas confondre
avec le tar égyptien qui est
un tambour sur cadre.
References:
Peyman Nasehpour, entrevue personnelle avec Ostad Latif Tahmasebi-zadeh,
Août 1994-Août 1995.
Mehdi Setayeshgar, Vazhe-Name-ye-Musighi-ye-Iran Zamin, Teheran,
Vol. I (1995) & Vol. II (1996)