Quelques Grands Noms du Vibraphone Jazz

par Robert Pelletier © 2003

 
 
 

De façon chronologique

Le premier virtuose du vibraphone fut Lionel Hampton qui enregistra les premiers solos de jazz à cet instrument dans les années 30. Sa prodigieuse carrière s’est poursuivie jusque dans les années 90. Hampton a enregistré notamment avec Louis Armstrong, Benny Goodman, Oscar Peterson.

Un autre pionnier fut Red Norvo qui est passé du xylophone au vibraphone dans les années 40 pour y développer le jeu à quatre mailloches. Ses trios des années 50 avec Charles Mingus et Tal Farlow ou Red Mitchell et Jimmy Raney démontrent sa grande virtuosité tant au niveau harmonique que mélodique.

Vers la fin des années 40 est apparu un autre géant, Milt Jackson, qui combina les phrasés bebop, blues et gospel pour devenir un des plus grands improvisateurs du monde du jazz. Il a collaboré avec des légendes telles que Charlie Parker, Miles Davis, John Coltrane et Ray Charles. On peut l’entendre aussi avec le célèbre Modern Jazz Quartet, qui fut originalement le Milt Jackson Quartet.

À partir de ce moment plusieurs vibraphonistes se sont illustrés à partir du style bebop citons Terry Gibbs, Teddy Charles, Joe Roland et Lem Winchester.

Vers la fin des années 50, Cal Tjader a introduit le vibraphone dans le style afro-cubain. Il a par la suite enregistré un nombre impressionnant d’albums jusqu’à la fin des années 70. Sans être lui-même un grand virtuose, sa musique sert encore d’inspiration à ceux qui veulent explorer le jazz afro-cubain.

Avec les années 60, arrivent d’autres innovateurs comme Gary Burton et Bobby Hutcherson. Gary Burton est sans contredit le plus grand styliste de l’instrument avec son jeu contrapuntique flamboyant et son impressionante virtuosité. Ses nombreuses collaborations ont contribué à faire connaitre le vibraphone auprès d’un large public. Ses duos avec Chick Corea sont célèbres et il a longtemps su s’entourer de jeunes musiciens talentueux au sein de ses groupes des années 70 et 80, le plus connu étant Pat Metheny.

Bobby Hutcherson mène une carrière en dent de scie. Il s’est fait connaitre dans les styles avant-garde et post-bop chez la maison de disque Blue Note. Il a ensuite exploré de nombreuses avenues avec différentes formations qui ont donné des résultats mitigés. Ses albums renferment souvent des interprétations et des compositions très inspirées. Son jeu à deux mailloches est très fluide et il affectionne le registre aigü ainsi que les excursions hors tonalité, ce qui donne parfois un ton agressif pour les non avertis.

Dans l’ombre de Burton et Hutcherson, Dave Pike a commencé sa carrière dans les années 60. Il a enregistré des albums très innovateurs à l’époque, combinant jazz, funk, afro-cubain, rock et musique psychédélique. Il a surtout évolué en Europe et n’a malheureusement pas vraiment percé en Amérique. C’est un musicien à découvrir.

Mike Mainieri a commencé très jeune à la dure école du big band de Buddy Rich. Il a fait de nombreuses collaborations à partir des années 70 sur la scène new-yorkaise avec des musiciens comme Michael Brecker et Peter Erskine. Son groupe, Steps Ahead, a été un élément important du style fusion de la fin 70. Il a contribué beaucoup au traitement sonore du vibraphone, étant un des premiers à utiliser efficacement les effets (délais, chorus, réverbération) ainsi qu’à introduire le système MIDI.

Dans la foulée de Gary Burton, on retrouve David Friedman et Dave Samuels. Ces deux musiciens ont joués ensemble dans le groupe Double Image. Samuels a aussi joué avec la formation Spyro Gyra et est maintenant avec le Carribean Jazz Project. Friedman est installé en Allemagne et il collabore avec plusieurs artistes européens. Il a enregistré des albums avec des gens comme Chet Baker, Dino Saluzzi et son jeu est toujours recherché. C’est peut-être le caractère introspectif de sa musique qui fait qu’il est moins connu.

Les années 90 ont vu apparaitre des joueurs comme Steve Nelson, Joe Locke, Bill Ware et Stefon Harris. Nelson évolue actuellement au sein des formations du contrebassiste Dave Holland et il y apporte un support harmonique en complément de ses qualités de soliste. Joe Locke est un improvisateur de haut niveau et il est très actif depuis quelques années. Son jeu est très raffiné et il exécute des phrasés uniques. Espérons le voir à Montréal prochainement. Bill Ware est un excellent chanteur et vibraphoniste, entendu surtout avec Groove Collective et sa formation Vibe. Stefon Harris est un jeune musicien très talentueux. Son jeu est très créatif et il est aussi très aventureux. Il est a surveiller.

Quelques vibraphonistes échappent à l’historique précédent. Johnny Lytle, par exemple, a fait de nombreux disques mais reste peu connu. Son jeu est souvent exubérant, il utilise un vibrato très rapide et exploite un répertoire axé sur le blues jazz et le soul.

Roy Ayers, après des débuts dans le jazz, a poursuivi sa carrière dans les styles rhythm’n’blues et disco. C’est au sein de Ubiquity qu’on peut l’entendre à son meilleur.

Quelques vibraphonistes ont fait leur marque dans un style plus libre, comme Walt Dickerson, Karl Berger et Khan Jamal. Jay Hoggard a fait plusieurs albums de styles très différents allant de l’avant-garde au funk et au mainstream.

Du côté canadien on peut souligner l’apport de Peter Appleyard et Hagood Hardy. Au Québec, soulignons l’apport de Émile “Cisco” Normand et Yvan Landry dans les années 60. Aujourd’hui, Jean Vanasse se distingue, tant avec ses projets actuels que dans l’Orchestre Sympathique et ses duos avec Miroslav Vitous dans les années 80.

 

 
 

 

©PERCUweb 2003 à 2006 - Tous droits réservés.