Le premier virtuose du vibraphone fut Lionel
Hampton qui enregistra les premiers solos de jazz à cet
instrument dans les années
30. Sa prodigieuse carrière s’est poursuivie jusque
dans les années 90. Hampton a enregistré notamment
avec Louis Armstrong, Benny Goodman, Oscar Peterson.
Un autre
pionnier fut Red Norvo qui est passé du xylophone
au vibraphone dans les années 40 pour y développer
le jeu à quatre mailloches. Ses trios des années
50 avec Charles Mingus et Tal Farlow ou Red Mitchell et Jimmy
Raney démontrent sa grande virtuosité tant au niveau
harmonique que mélodique.
Vers la fin des années
40 est apparu un autre géant,
Milt Jackson, qui combina les phrasés bebop, blues et
gospel pour devenir un des plus grands improvisateurs du monde
du jazz.
Il a collaboré avec des légendes telles que Charlie
Parker, Miles Davis, John Coltrane et Ray Charles. On peut l’entendre
aussi avec le célèbre Modern Jazz Quartet, qui
fut originalement le Milt Jackson Quartet.
À
partir de ce moment plusieurs vibraphonistes se sont illustrés à partir
du style bebop citons Terry Gibbs, Teddy Charles, Joe Roland
et Lem Winchester.
Vers la fin des années 50, Cal Tjader
a introduit le vibraphone dans le style afro-cubain. Il a par la
suite enregistré un
nombre impressionnant d’albums jusqu’à la
fin des années 70. Sans être lui-même un grand
virtuose, sa musique sert encore d’inspiration à ceux
qui veulent explorer le jazz afro-cubain.
Avec les années
60, arrivent d’autres innovateurs
comme Gary Burton et Bobby Hutcherson. Gary Burton est sans contredit
le plus grand styliste de l’instrument avec son jeu contrapuntique
flamboyant et son impressionante virtuosité. Ses nombreuses
collaborations ont contribué à faire connaitre
le vibraphone auprès d’un large public. Ses duos
avec Chick Corea sont célèbres et il a longtemps
su s’entourer
de jeunes musiciens talentueux au sein de ses groupes des années
70 et 80, le plus connu étant Pat Metheny.
Bobby Hutcherson
mène une carrière en dent de scie.
Il s’est fait connaitre dans les styles avant-garde et
post-bop chez la maison de disque Blue Note. Il a ensuite exploré de
nombreuses avenues avec différentes formations qui ont
donné des
résultats mitigés. Ses albums renferment souvent
des interprétations et des compositions très inspirées.
Son jeu à deux mailloches est très fluide et il
affectionne le registre aigü ainsi que les excursions hors
tonalité,
ce qui donne parfois un ton agressif pour les non avertis.
Dans
l’ombre de Burton et Hutcherson, Dave Pike a commencé sa
carrière dans les années 60. Il a enregistré des
albums très innovateurs à l’époque,
combinant jazz, funk, afro-cubain, rock et musique psychédélique.
Il a surtout évolué en Europe et n’a malheureusement
pas vraiment percé en Amérique. C’est un
musicien à découvrir.
Mike Mainieri a commencé très
jeune à la dure école
du big band de Buddy Rich. Il a fait de nombreuses collaborations à partir
des années 70 sur la scène new-yorkaise avec des
musiciens comme Michael Brecker et Peter Erskine. Son groupe,
Steps Ahead, a été un élément important
du style fusion de la fin 70. Il a contribué beaucoup
au traitement sonore du vibraphone, étant un des premiers à utiliser
efficacement les effets (délais, chorus, réverbération)
ainsi qu’à introduire le système MIDI.
Dans
la foulée de Gary Burton, on retrouve David Friedman
et Dave Samuels. Ces deux musiciens ont joués ensemble
dans le groupe Double Image. Samuels a aussi joué avec
la formation Spyro Gyra et est maintenant avec le Carribean Jazz
Project. Friedman
est installé en Allemagne et il collabore avec plusieurs
artistes européens. Il a enregistré des albums
avec des gens comme Chet Baker, Dino Saluzzi et son jeu est toujours
recherché. C’est peut-être le caractère
introspectif de sa musique qui fait qu’il est moins connu.
Les
années 90 ont vu apparaitre des joueurs comme Steve
Nelson, Joe Locke, Bill Ware et Stefon Harris. Nelson évolue
actuellement au sein des formations du contrebassiste Dave Holland
et il y apporte un support harmonique en complément de
ses qualités de soliste. Joe Locke est un improvisateur
de haut niveau et il est très actif depuis quelques années.
Son jeu est très raffiné et il exécute des
phrasés uniques. Espérons le voir à Montréal
prochainement. Bill Ware est un excellent chanteur et vibraphoniste,
entendu surtout avec Groove Collective et sa formation Vibe.
Stefon Harris est un jeune musicien très talentueux. Son
jeu est très créatif et il est aussi très
aventureux. Il est a surveiller.
Quelques vibraphonistes échappent à l’historique
précédent. Johnny Lytle, par exemple, a fait de nombreux
disques mais reste peu connu. Son jeu est souvent exubérant,
il utilise un vibrato très rapide et exploite un répertoire
axé sur le blues jazz et le soul.
Roy Ayers, après
des débuts dans le jazz, a poursuivi
sa carrière dans les styles rhythm’n’blues et
disco. C’est au sein de Ubiquity qu’on peut l’entendre à son
meilleur.
Quelques vibraphonistes ont fait leur marque dans un style
plus libre, comme Walt Dickerson, Karl Berger et Khan Jamal. Jay
Hoggard
a fait plusieurs albums de styles très différents
allant de l’avant-garde au funk et au mainstream.
Du côté canadien on peut souligner l’apport de
Peter Appleyard et Hagood Hardy. Au Québec, soulignons l’apport
de Émile “Cisco” Normand et Yvan Landry dans les
années 60. Aujourd’hui, Jean Vanasse se distingue, tant
avec ses projets actuels que dans l’Orchestre Sympathique et
ses duos avec Miroslav Vitous dans les années 80.